La misophonie, le sujet misophone et les implications. . .

Je ne m’attarderai pas à vous refaire une définition de misophonie, autrement appelée syndrome de sensibilité sélective aux sons (SSSS). Vous en trouverez facilement ailleurs.

Faute de connaissances pour la plupart des praticiens de la santé, la misophonie est souvent rapprochée aux troubles auditifs. Cela peut entraîner le sujet dans une errance thérapeutique à commencer par une série de consultations oto-rhino-laryngologistes qui ne correspondent pas aux attentes du sujet et à la réalité du problème. Certains psychiatres proposent parfois d’interner le patient en psychiatrie. De nombreux misophones se retrouvent à gérer aussi l’incompréhension de leur entourage qui ne comprend pas leur difficulté, le considérant souvent comme bizarre, fou. . .

En ce qui concerne les explications des causes possibles, quelle que soit l’implication des régions cérébrales, il est très important de traiter ce problème d’un point de vue psychothérapeutique, et surtout d’avoir une vision d’ensemble entre les dimensions mentale, corporelle et sensorielle. En misophonie, on est complètement dans ce qu’on pourrait appeler la « posture » du sujet envers le monde. La problématique relève autant du mode d’interaction du sujet que de son monde relationnel. Le monde n’existe pas tant qu’il est, mais tant que nous sommes. Ce n’est pas que l’aspect sonore, ou certains bruits spécifiques qui sont en cause. La personne misophone est portée à sur réagir face aux éléments perturbateurs, le plus souvent sonore, mais il arrive aussi que rien que la vue d’un geste, ou d’une mimique puissent suffire pour activer une réaction émotionnelle négative, comme la colère, frustration . . . Que la personne misophone ait subi des traumatismes ponctuels ou pas, elle est le plus souvent précise, méticuleuse, très présente dans son environnement physique proche, intransigeant, exigeant, contrôlant, et avec une « intelligence » très vive. Une grande majorité par exemple a un petit côté - permettez-moi l’expression - « « totalitariste » », dans le sens où : « le monde serait mieux si tout le monde fonctionnait comme moi » - « qu’est-ce qu’il n’a pas compris que c’est irrespectueux de faire ceci, cela ». Le sujet misophone peut se retrouver à « penser  à la place de l’autre », il se projette dans une véritable « prise de tête ». Un sentiment d’injustice et d’incompréhension sont générateur d’une grande frustration aussi.

Tous ces éléments psychoaffectifs sont imbriqués dans la dimension relationnelle du sujet et interfèrent négativement avec la relation que celui-ci a avec certains sons qui viennent de certaines personnes, le plus souvent de son entourage. La compréhension de ces éléments psychiques et relationnels de la part du thérapeute est fondamentale pour encadrer le parcours thérapeutique. La durée d’un parcours thérapeutique dépendra en bonne partie des résistances que le système de croyances du sujet va mettre face à sa façon de voir « les choses », mais pas que. Un aspect aussi fondamental que la posture du sujet est son incapacité à contrôler ses réactions face à ce qu’il entend et reçoit comme désagréable. Effectivement, le système des réponses émotionnelles du sujet est géré fondamentalement par le système nerveux autonome.

Ce système a appris à réagir d’une certaine façon et il le fait de façon autonome, malgré la volonté du sujet. Ce sont des réponses défensives involontaires (voir théorie polyvagale) qui le plus souvent activent le circuit du stress, de l’alerte, de l’alarme. C’est pourquoi il est important de ne pas culpabiliser. Le corps du sujet misophone demeure dans une dynamique défensive bien que séléctive, et c'est ainsi que se développent ensuite toute une série d'explications intellectuelles pour faire face à ce phénomène. Il est fondamental d’agir en thérapie sur ce système nerveux autonome  pour pouvoir calmer d’abord le système nerveux sans forcément interpeller l’intellect. Une fois que les réponses défensives seront amorties, le sujet se sentira mieux et sera plus à même de pouvoir prendre du recul et avoir ainsi une meilleure compréhension de son mode de fonctionnement. 

Nico Milantoni

Psychologue